Périlleux après-Royal

Publié le par SDJ Cergy

    Par Eric Dupin

CN-PS-23-Juin-2007--5-.jpg    Le Parti socialiste glisse insensiblement dans l’ère de l’après-Royal. La chronique des événements courants bruisse certes toujours des faits et gestes de l’ancienne candidate du PS à l’élection présidentielle. Celle-ci a été chaleureusement accueillie au Québec en dépit de prises de parole toujours aussi peu assurées. Ségolène Royal a aussi été au centre de la rentrée éditoriale de ses camarades de parti qui l’ont vaillamment pilonné après la bataille.

    Mais tout ceci relève d’une période qui s’efface. Lorsque Lionel Jospin affirme que la présidente de Poitou-Charentes n’a « pas les qualités humaines ni les capacités politiques » pour diriger le PS, la crudité du propos suscite de vives réactions, mais personne ne se risque à défendre la thèse inverse. Royal semble d’ailleurs avoir renoncé à s’imposer à la tête du parti comme elle en avait exprimé le souhait avant l’été.

    Or la championne de la « démocratie participative » aura du mal à emprunter une stratégie de contournement du PS par l’opinion. Sa popularité, qui fut au principe de sa fortune politique, n’est plus qu’un souvenir. Au manège des faveurs publiques, Bertrand Delanoë l’a bel et bien supplantée. Le maire de Paris est présenté comme la personnalité politique française la plus populaire, dans une enquête Ifop (1), avec 76% de « bonnes opinions ». A ce palmarès, Royal n’arrive qu’en vingt-troisième position avec 49% de jugements favorables (et autant de défavorables).

    Dans le baromètre Ipsos (2), Delanoë apparaît comme le leader de gauche le plus populaire avec 60% d’opinions positives, loin devant Royal (42%). Détail important : chez les sympathisants socialistes eux-mêmes, le maire de Paris est plus apprécié que l’ancienne candidate (respectivement 76% et 68%). L’édile de la capitale n’en conserve pas moins quelques fragilités, notamment une certaine réserve des catégories populaires à son endroit. Mais les socialistes seraient surtout bien inspirés de ne pas reproduire avec Delanoë l’opportunisme qui fut le leur à l’égard de Royal. La stratégie du recours à une personnalité adoubée par les sondés a prouvé ses limites. Rien ne sert de se ranger derrière un leader populaire en l’absence d’un projet politique clair.

    C’est ici que le PS va être soumis à rude épreuve. Plus les socialistes débattront du fond et plus leurs divergences éclateront. La réforme des régimes spéciaux de retraite a fait apparaître tout un éventail de positions au sein de ce parti, de l’approbation au refus en passant par les critiques de forme. Alors que les « éléphants » disparaissent les uns après les autres (Lionel Jospin, Dominique Strauss-Kahn, voire Laurent Fabius), une nouvelle topographie politique se dessine au PS. Une droite audacieusement rénovatrice (Gaëtan Gorce, Manuel Valls) pose ses jalons dans le sillage d’un ségolisme mal en point. Une gauche courageusement résistante (Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon) lui apporte la contradiction dans un contexte idéologique peu favorable.

    Entre les deux, le centre du parti se cherche avec d’autant moins de précipitation qu’il se sait majoritaire. François Hollande voudrait en devenir le présidentiable attitré mais il sort terriblement usé de sa décennie en charge de la rue de Solférino. Delanoë est bien placé pour prendre le relais. L’ambiguïté même de son identité personnelle – un ancien apparatchik de culture socialiste traditionnelle devenu un élu moderniste prisé des « bobos » – le place au point d’équilibre du PS d’aujourd’hui.

    C’est à la fois sa force et sa faiblesse. Tant que les socialistes n’auront pas tranché sur les sujets qui les divisent, leurs capacités de conviction seront entravées. Or cette clarification sera périlleuse. Le problème n’est pas seulement d’arbitrer entre des sensibilités différentes au sein du parti. Il est de définir une orientation qui tienne compte des clivages profonds qui traversent le « peuple de gauche » lui-même. Une fort intéressante enquête LH2 (3) a mis en lumière l’incroyable diversité idéologique des Français qui se situent à gauche.

    En analysant leurs opinions sur toute une batterie de questions, l’institut a dégagé quatre grande familles bien distinctes. La première catégorie en nombre (37%) n’est autre que celle des « libéraux-autoritaires » : favorables au libéralisme économique et partisans de la fermeté sur les questions sociétales. Autrement dit, une « gauche » étrangement proche du sarkozysme… Non seulement cette composante pèse lourd dans l’électorat potentiel de ce camp, mais elle est aussi celle qui regroupe la plus grande proportion d’ouvriers et d’employés.

    La seconde famille de gauche est celle des « sociaux-libéraux » (26%) qui ont souvent voté pour François Bayrou et qui espéraient en Dominique Strauss-Kahn. Viennent enfin les « étatistes » (24%), fidèles aux conceptions traditionnelles de la gauche, et les « anti-libéraux » (15%), de tempérament gauchiste. Comment diable fédérer des positions aussi antagonistes ? Tirant partie de ses propres contradictions, Royal avait partiellement réussi, le temps d’une campagne, à coaguler des contraires. Mais une gauche qui resterait hyper-plurielle n’est pas promise à un destin majoritaire. Bâtir une nouvelle cohérence s’impose à elle comme une tâche aussi ardue qu’indispensable.

(1) Sondage Ifop-Paris Match, 6-7 septembre.
(2) Baromètre Ipsos-Le Point, 7-8 septembre.
(3) Sondage LH2-Libération, 17-25 août.

Article publié dans Le Figaro du 21 septembre 2007.

Publié dans Politiques

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