Interview d'Hubert Védrine au Nouvel Obs

Publié le par SDJ Cergy

RAPPORT VEDRINE SUR LA MONDIALISATION "La France a tous les atouts pour être à l’aise dans la mondialisation"

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Vous écrivez dans votre
"Rapport pour le Président de la République sur la France et la mondialisation" que la France ne devrait pas craindre la mondialisation. Pourquoi ? Pourrait-il y avoir une spécificité française dans la manière de l’accueillir ? Quelles en seraient les grandes lignes ?

- J’ai constaté en préparant ce rapport que la méfiance française vis-à-vis de la mondialisation, constante depuis au moins quinze ans, n’est pas une exception. En fait, même une majorité d’Américains et de Britanniques estime que la mondialisation a plus d’effets négatifs que positifs. Qu’est-ce qui est alors particulier à la France ? 1) Le très faible soutien à l’économie de marché (environ 1/3 des sondés). 2) Le manque de confiance en soi face à la mondialisation.

Je me suis concentré dans la première partie de mon rapport sur ce dernier point. Je suis arrivé à la conclusion qu’il faut arrêter le catéchisme pour la mondialisation qui ne convainc pas et que les imprécations contre la mondialisation sont inutiles parce que sans effet. En revanche les Français devraient pouvoir sortir de leur méfiance stérile et adopter une attitude plus confiante et dynamique dans la mondialisation si on leur propose une politique convaincante. Laquelle ? Une politique qui, au lieu d’opposer stérilement ouverture et protectionnisme, combinerait dans un policy mix adaptation, réformes, protections, solidarités et régulation. C’est cela que j’ai essayé d’esquisser.

La France a tous les atouts pour être à l’aise dans la mondialisation et même, en s’alliant avec d’autres, pour en corriger les dérives.

Quels sont les grands défis qui attendent la politique étrangère de la France ? L’option qui consiste à renforcer cette politique étrangère nationale ne risque-t-elle pas d’affaiblir encore un peu plus la difficile construction d’une politique étrangère commune à l’Union européenne ?

- C’est le contraire. Il ne s’agit pas de renforcer les politiques étrangères nationales mais de prendre conscience que si les Etats-nations n’assument plus leurs responsabilités cela ne donnera pas une Europe plus forte. La première question qui se pose est de savoir si nous continuerons à avoir notre propre politique étrangère, comme depuis les débuts de la Ve république ou si nous la réorienterons dans un sens prioritairement européiste ou atlantiste/occidentaliste.

J’explique dans le rapport pourquoi je préconise la première option : modernisation mais pas banalisation, ni alignement. Ce n’est pas par prétention, mais parce que ce serait dangereux. D’ailleurs aucun pays au monde, même le plus petit, ne renonce à défendre ses intérêts légitimes.

L’option européiste est moins d’actualité car l’intégration se stabilisera au stade du traité simplifié. Il est clair qu’il y aura toujours des politiques étrangères britannique, allemande, française, et que nous ne pourrons pas nous en remettre par fatigue à une mythique politique étrangère commune, au plus petit commun dénominateur européen, pour défendre nos intérêts et nos idées. En revanche nous ferons converger les politiques étrangères des divers européens. Ce sera une synthèse par le haut et non par le bas.

En revanche il demeure une forte tentation atlantiste/occidentaliste. Je la crois dangereuse sauf si nous réussissions à avoir (avec un pilier européen ? mais encore faut-il que les Européens s’y prêtent…) une vraie influence sur la politique générale de l’Occident. Cela serait idéal. Est-ce réalisable ? Je ne sais pas. En tous cas ne lâchons pas la proie pour l’ombre.

Quelles conclusions tirez-vous du bilan actuel de Sarkozy sur ces sujets ? Semble-t-il enclin à aller dans le sens de vos recommandations ?

- Il est bien trop tôt pour tirer un quelconque bilan. Le Président Sarkozy ne m’a pas attendu pour aller dans le sens que je recommande dans la partie globalisation. Et beaucoup de socialistes ont évolué parallèlement dans le même sens. Mon rapport peut aider à l’élaboration d’une stratégie française. Sur la politique étrangère je mets en garde et je fais des propositions. On verra bien.

Propos recueillis par Sarah Halifa-Legrand

NOUVELOBS.COM | 12.09.2007 | 18:10

Publié dans Politiques

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