Le score du PS, comparé à celui de Mme Royal, s'est effondré dans les banlieues sensibles

Publié le par SDJ Cergy


LLe-Monde.gifes voix obtenues par Ségolène Royal pour la présidentielle dans les quartiers populaires ne se sont pas transformées en suffrages pour le Parti socialiste aux législatives. En raison de la diminution de la participation, en chute libre dans certaines cités, les candidats du PS n'ont pas pu capitaliser sur le rejet de Nicolas Sarkozy. L'étude des résultats, dans plusieurs communes ou quartiers populaires d'Ile-de-France, montre que l'UMP n'a pratiquement pas pâti de la baisse de la participation, alors que les scores du PS se sont parfois effondrés par rapport à la présidentielle.

Des candidats socialistes qui paraissaient en position favorable au vu des résultats de Ségolène Royal ont subi de plein fouet la démobilisation. A Argenteuil (Val-d'Oise), par exemple, ville symbolique depuis les déclarations de M. Sarkozy sur les "racailles", le PS subit une déroute. Alors que Ségolène Royal avait obtenu un peu plus de 14 000 voix lors du premier tour sur la commune, le candidat socialiste, Faouzi Lamdaoui, classé parmi les représentants de la "diversité", n'en a recueilli que la moitié dimanche 10 juin. Dans le même temps, le candidat UMP, député sortant, Georges Mothron, a amélioré le résultat de Nicolas Sarkozy (un peu plus de 11 600 voix contre 10 500).

A Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), autre ville symbolique, le taux de participation est resté inférieur à 46 % des inscrits - contre 82 % lors du premier tour de la présidentielle et 55,8 % lors du premier tour de la législative en 2002. Même la candidature de l'un des animateurs de l'association AC-Le feu, Samir Mihi, très impliquée dans les campagnes d'incitation au vote, n'a pas permis de mobiliser les électeurs. Avec la diminution du nombre de votants, le candidat socialiste, Pascal Popelin, a eu la désagréable surprise de voir son concurrent UMP, Eric Raoult, le devancer, de quelques voix, sur cette commune.

L'analyse bureau de vote par bureau de vote témoigne de l'impact de l'abstention sur les résultats du PS. Y compris dans des circonscriptions acquises à la gauche : dans le bureau de vote central du quartier sensible des Tarterêts, à Corbeil-Essonnes (Essonne), par exemple, Ségolène Royal avait obtenu 239 voix (sur 636 votants) contre 148 suffrages pour Nicolas Sarkozy. Pour la législative, le candidat PS, Manuel Valls, pourtant très bien implanté localement, chute, avec seulement 153 voix (sur 431 votants), alors que son adversaire UMP, Cristela de Oliveira, résiste aux effets de l'abstention, avec 121 voix. Grâce à ses bons résultats sur Evry, M. Valls se trouve néanmoins en ballottage favorable.

FORTE DÉMORALISATION

Dans les quartiers sensibles des Mureaux (Yvelines), la participation s'est effondrée de manière spectaculaire. De 80 % pour la présidentielle, elle est descendue à 29 % pour la législative dans le quartier de la Vigne-Blanche et à 36 % dans la cité des Musiciens. La conséquence est catastrophique pour les socialistes sur ces deux quartiers : là où Ségolène Royal avait obtenu 1 293 voix, au total, au premier tour, la candidate du PS, Dominique Francesconi, se contente de 326 voix.

"Pour la présidentielle, on avait beaucoup de jeunes, souvent récemment inscrits. Ils ne sont pas revenus pour les législatives", explique un cadre de la mairie. De son côté, l'UMP limite les conséquences de l'abstention : Nicolas Sarkozy avait à peine recueilli 169 voix au premier tour. Un score que le candidat UMP pour les législatives, Henri Cuq, a presque réussi à préserver, avec 101 suffrages. Ce dernier a aussi fait le plein au centre-ville, où la diminution de la participation a été moins marquée.

Le phénomène est similaire à Trappes. La candidat socialiste pour la législative, Safia Otokoré, avait diffusé un texte signé par Ségolène Royal disant : "Vous avez voté pour moi, votez pour Safia..." Mais, dans le bureau de vote où Ségolène Royal avait obtenu 69,9 % des suffrages (soit 469 voix) au premier tour, le PS doit se contenter de 176 suffrages. A nouveau, le candidat UMP, Jean-Michel Fourgous, a limité la déperdition de voix par rapport à la présidentielle avec 44 voix, contre 62 pour Nicolas Sarkozy.

Au-delà de l'effet sur la gauche, la faiblesse de la participation, souvent nettement inférieure à la moyenne nationale, relativise le mouvement citoyen de ces derniers mois. "Contrairement aux discours enchantés sur le retour de la politique, ces résultats montrent que les conditions structurelles de la vie politique dans les quartiers n'ont pas changé", explique Jean-Yves Dormagen, professeur de sciences politiques, qui a suivi la journée électorale au sein du quartier des Cosmonautes, à Saint-Denis, comme il le fait depuis cinq ans. Dans ce quartier, la participation a diminué de 30 points par rapport à l'élection présidentielle.

"Dès que l'intensité d'une campagne chute, comme cela a été le cas avec les législatives, ceux qui se démobilisent le plus vite sont les plus jeunes, les moins diplômés, les plus précaires - en clair, ceux qui sont les moins prédisposés à voter", souligne le chercheur, auteur avec Céline Braconnier de La Démocratie de l'abstention (Folio Gallimard). A ce phénomène s'est probablement ajoutée une forte démoralisation liée à la victoire annoncée de l'UMP.

Luc Bronner

Publié dans Dépêches - Presse

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