" L'heure de DSK "

Publié le par SDJ Cergy

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LE MONDE POUR MATINPLUS | 27.04.07 | 10h46  •  Mis à jour le 27.04.07 | 10h46

 

 

L'heure de Dominique Strauss-Kahn est-elle arrivée ? Cinq mois après avoir été battu à plate-couture par Ségolène Royal aux primaires du PS (il recueillit 20,6 % des voix des militants, contre 60,7 %), il apparaît incontournable dans la stratégie d'entre-deux tours de la candidate socialiste. Considérant comme quasi-acquises, au nom du front anti-Sarkozy, les voix qui se sont portées sur l'extrême gauche et les Verts au premier tour – cinq candidats sur six ont peu ou prou appelé à voter pour elle au second –, Ségolène Royal ne peut espérer conjurer l'arithmétique électorale, qui semble rendre la droite imbattable, qu'en élargissant son assise vers le centre. François Bayrou ayant décliné l'offre de ralliement qui lui a été faite, "DSK" s'impose comme l'homme du recentrage au sein du PS.

N'ayant jamais renoncé à son choix de la social-démocratie, défendue mordicus avant, pendant et après les primaires, il est le plus crédible aujourd'hui pour tendre la main aux libéraux modérés que Nicolas Sarkozy effraie mais que le " pacte présidentiel " de la candidate PS laisse dubitatifs. Ceux-là même qui constituent une bonne part des 6,8 millions d'électeurs du candidat de l'UDF.

L'ancien ministre de l'Economie et des Finances de Lionel Jospin offre une image de compétence et de réalisme de nature à les rassurer. "Si nous ne sommes pas capables de montrer que notre modèle de solidarité peut survivre dans la compétition internationale et qu'il peut aussi apporter à la France la compétitivité nécessaire, alors les Français voteront pour Nicolas Sarkozy", disait-il dès novembre dans Le Monde. "Remettons les solutions – notamment économiques et sociales – au coeur de la campagne présidentielle", insistait-il en mars.

L'économie est le point fort de ce diplômé d'HEC, proche d'un certain patronat "éclairé" – il fonda avec Raymond Lévy, l'ancien PDG de Renault, le Cercle de l'Industrie en 1994. C'est Dominique Strauss-Kahn qui, à Bercy entre 1997 et 1999, permit à la France de se qualifier pour l'euro, en ramenant les déficits publics sous la barre fatidique des 3% imposés par le traité de Maastricht. C'est lui encore qui lança la vague de privatisations décidées sous le gouvernement Jospin : 31 milliards d'euros d'actifs publics mis sur le marché financier, soit autant que Jacques Chirac et Edouard Balladur réunis dans les années 1980 et 1990 ! Un bilan qui vaut à DSK une défiance tenace de la part de la gauche du parti socialiste. Elle s'inquiète d'ailleurs bruyamment, depuis mardi, de voir Ségolène Royal céder si vite aux sirènes du recentrage. La marge de manoeuvre est certes étroite pour le duo Royal-DSK, mais pour espérer l'emporter, la gauche a-t-elle le choix ?

Pascal Galinier

Publié dans Dépêches - Presse

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