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Vendredi 23 novembre 2007
 
Libération du vendredi 23 novembre 2007

lib--.gif Figurez-vous que Benoît Duquesne, l’investigateur en chef de Complément d’enquête, sur France 2, s’est procuré un rapport des Renseignements généraux. C’est sérieux, les Renseignements généraux. C’est du béton. Tellement sérieux qu’un ancien patron des RG, Yves Bertrand, assurait le mois dernier à la télévision que la principale menace terroriste dirigée contre la France est constituée par les «Robins des toits», ces militants qui luttent contre les ondes émises par les téléphones portables, et par les groupes de défenseurs des animaux, ces redoutables commandos encagoulés qui, de temps à autre, libèrent nuitamment les lapins dans les fermes devant les caméras de la télé.

Bref, le rapport des Renseignements généraux que s’est procuré cette semaine Benoît Duquesne conclurait à la constitution, dans certaines cités de la région parisienne, de «bandes ethniques». C’est-à-dire uniquement composées de Noirs. Diable ! Le premier qui insinue que ce rapport explosif des Renseignements généraux aurait à voir avec la multiplication, dans les derniers mois, de reportages télévisés sur la redoutable «bande de la gare du Nord» n’aurait rien compris à la nature du travail policier de terrain.

Munie de ce rapport explosif et d’une inébranlable volonté d’«en-finir-une-fois-pour-toutes-avec-le-politiquement-correct», une journaliste de Complément d’enquête est donc partie explorer ces cités mystérieuses du côté de la Seine-et-Marne, à la recherche des «bandes ethniques» et des «modes de vie quasi tribaux» décelés par les Renseignements généraux. Au terme d’un parcours à la Livingstone, elle arrive dans un immeuble délabré. L’ascenseur «a pris perpète», comme dit plaisamment un jeune autochtone (noir). Qui ajoute (d’une voix noire) : «C’est parce qu’on est noirs que nos ascenseurs sont laissés sans réparation.» Eurêka ! L’enquêtrice de Complément d’enquête a trouvé sa «bande ethnique». CQFD.

Tout au long de ce reportage, on ne pouvait s’empêcher de repenser au reportage précédent de la même émission, quelques minutes plus tôt. Là, Benoît Duquesne avait choisi comme territoire de chasse la délicieuse commune de Neuilly-sur-Seine, en suivant les pas de David Martinon, porte-parole de l’Elysée et candidat désigné par le président de la République aux municipales. Dans un appartement neuilléen, vaste comme une piste d’aéroport, Martinon venait frôler la jeunesse locale (dont un des deux fils Sarkozy). Rires, drinks, émotion, jeunesse bien nourrie et luisante de santé. Exploration du Neuilly des impasses privées, fermées par une barrière, et des fermes reconduites à la grille en cas de franchissement. Le tout conclu par un entretien de Duquesne avec Martinon (ses adversaires bénéficieront-ils de la même exposition télévisuelle ?) au cours duquel le porte-parole saluait la «discrétion» et la «pudeur» de ses futurs administrés.

Mais dans ce reportage-là, le commentaire ne parlait pas de «bande ethnique». Quoique tous les visages fussent aussi blancs qu’ils étaient noirs dans le sujet suivant, Complément d’enquête n’éprouvait pas le besoin d’insister sur le caractère monocolore de la population étudiée. Là, le «mode de vie quasi tribal» s’appelait autrement : «farouche volonté de rester entre soi». Et l’on rêvait follement d’un incident technique qui aurait interverti les deux bandes-son. On rêvait d’entendre ces développements sur les bandes ethniques plaqués sur les images de Neuilly.

Et ces dissertations sociologiques sur le désir d’entre soi plaquées, elles, sur la cité aux ascenseurs en panne. Ce sera peut-être pour la prochaine fois. Quand les Renseignements généraux, qui sait, s’intéresseront à la riante commune de Neuilly. Fut un temps où le reportage de France 2 sur les «bandes ethniques» aurait déchaîné les associations antiracistes et les quelques médias qui restent attentifs à ne pas laisser déraper sur le terrain racial l’analyse de tensions qui sont avant tout sociales et économiques.

Mais c’est fini. Les dirigeants d’Emmaüs ou de Ni putes ni soumises sont ministres, ou chargés de mission, ou hauts-commissaires. Et quand ils ne sont pas ministres, ils sont submergés par les transgressions désormais quotidiennes du «politiquement correct» d’antan. La ministre du Logement, Christine Boutin, peut comparer à «une meute» les mal-logés qui campent depuis des semaines sur un trottoir parisien, personne ne reprend (et le Monde censure même une allusion sacrilège au mot de Boutin dans une tribune libre de la comédienne Emmanuelle Béart).

Le blog de notre confrère de Libération Jean Quatremer peut bien rapporter des propos violemment antimusulmans tenus par Sarkozy, personne ne reprend ni n’enquête sur leur véracité. Faute de temps ? Faute de place ? Faute de courage ? Faute d’issue ? Faute de conviction ? Peu importe. Tout cela à la fois, sans doute.

En tout cas, cela s’appelle une bataille perdue.

Par SDJ Cergy - Publié dans : Politiques
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Jeudi 25 octobre 2007
Prodi-et-Zapatero.jpg Face à la mondialisation, les partis socialistes et sociaux-démocrates des grands pays européens (Grande-Bretagne, France, Allemagne, Italie, Espagne) ont répondu de manière très différenciée à la question des réformes de leur modèle de protection sociale. Le conflit qui a opposé, à la fin des années 1990, Lionel Jospin à Tony Blair, taxé de néolibéralisme, a illustré ces divergences.

Le blairisme et les modèles scandinaves ont inspiré à partir de 1998 le gouvernement social-démocrate-Verts du chancelier allemand Gerhard Schröder, mais aussi la gauche italienne et le gouvernement socialiste espagnol, qui a repris depuis 2004 l'héritage économique de la droite de José Maria Aznar. Dans ces trois pays, de puissantes confédérations syndicales ont joué un rôle important pour l'accompagnement des réformes.

A son arrivée au pouvoir en 1998, le SPD est divisé : le chancelier Schröder, qui défend une "politique du milieu", inspirée par la "troisième voie" blairiste, affronte les partisans d'une tradition keynésienne, représentée par le président du SPD, Oskar Lafontaine (alors aussi ministre des finances), proche des socialistes français. La démission de M. Lafontaine, en 1999, donne les mains libres au chancelier, mais il faudra attendre la réélection de la coalition de gauche, en 2002, et une situation budgétaire inquiétante, pour la voir mettre en oeuvre les réformes promises : baisse de la fiscalité des entreprises, modération salariale, réduction des indemnités de chômage. Si le chômage a baissé de 11,7 % à 9 % entre août 2005 et août 2007, la situation des chômeurs de longue durée et des plus âgés est devenue difficile. La prise en charge des chômeurs sur le modèle de flexisécurité danois n'a pas fonctionné.

LE SPD EN QUÊTE DE POPULARITÉ

Ce constat a rallumé au SPD une bataille sur les réformes.A la veille du congrès de Hambourg (du 26 au 29 octobre), qui doit approuver un nouveau programme, le président du SPD, Kurt Beck, s'est imposé face aux ministres sociaux-démocrates du gouvernement Merkel pour allonger la durée des indemnités de chômage des plus âgés. A la traîne dans les sondages à deux ans des élections, le SPD veut reconquérir l'électorat populaire.

Le SPD, qui a perdu 200 000 adhérents en dix ans, est influencé par l'émergence sur sa gauche d'une nouvelle formation, La Gauche. Présidée par Oskar Lafontaine, elle est née d'une alliance entre les héritiers du communisme à l'Est et une nouvelle gauche altermondialiste, qui a recruté à l'Ouest parmi des syndicalistes déçus.

En Italie, le gouvernement de centre-gauche de Romano Prodi peine aussi à faire accepter sa ligne réformatrice à son aile gauche. Depuis la transformation progressive du vieux Parti communiste en parti des Démocrates de gauche (DS), celui-ci n'a cessé de se tourner vers le centre-gauche. Les DS doivent fusionner, samedi 27 octobre, avec leur partenaire centriste, le parti de La Marguerite, pour former au centre-gauche le Parti démocrate. Dirigé par Walter Veltroni, le maire de Rome, ce parti entend poursuivre les réformes et espère s'affranchir de la nébuleuse qui a paralysé M. Prodi.

Ces débats sont absents en Espagne, où, après quatre ans de règne, le président du gouvernement socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, n'a pas dans son parti d'opposants à sa politique économique. Le gouvernement bénéficie de la croissance et de la baisse du chômage.

Au Royaume-Uni, Gordon Brown vient de passer sans encombre son premier congrès travailliste comme premier ministre. Après avoir tenu les cordons de la bourse serrés au début de l'ère Blair, l'ex-ministre des finances a investi ensuite dans les transports, la santé et l'éducation. Malgré une aile gauche travailliste nostalgique, l'héritage de Tony Blair a encore de beaux jours devant lui. 

Le-Monde.gif Henri de Bresson, avec Salvatore Aloise (Rome), Cécile Calla (Berlin), Cécile Chambraud (Madrid),et Marc Roche (Londres)

Article paru dans l'édition du Monde du 26.10.07.
Par SDJ Cergy - Publié dans : Dépêches - Presse
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Vendredi 12 octobre 2007
Un oiseau, une "mouette" de 1 mètre de large et 60 centimètres de long, baptisé "Elsa". Ainsi décrit, le projet Engin léger pour la surveillance aérienne (ELSA) tient la vedette sur le stand de la police au salon Milipol consacré à la sécurité intérieure des Etats qui s'est ouvert à Paris, porte de Versailles, le 9 octobre. C'est un tout petit drone, muni d'une caméra, pas plus lourd qu'une bouteille d'eau, qui pourrait équiper, à terme, la police nationale pour surveiller à distance villes et quartiers.

"Nous ne sommes pas sur la ligne d'une surveillance de longue durée, de type militaire, assure Thierry Delville, chef des services de technologie de sécurité intérieure. C'est un outil supplémentaire pour les interventions de la police." ELSA servirait pour les grandes manifestations et rassemblements, mais aussi dans le cadre des violences urbaines telles qu'elles se sont déroulées en novembre 2005. Autres exemples de scénario d'emploi avancés par les spécialistes : la surveillance des abords d'une maison dans laquelle se seraient installés des terroristes ; le repérage des voitures brûlées ; ou bien un zoom sur un groupe de personnes, en marge d'une manifestation, pour repérer un porteur de cocktail Molotov. Le survol des zones urbaines étant soumis à autorisation, le drone ne devrait pas dépasser 150 mètres d'altitude, même si sa capacité peut atteindre 500 mètres. Avec une autonomie de 40 minutes, il peut balayer un rayon d'action de 2 kilomètres. Le type de caméra embarquée est variable, à infrarouge la nuit, à intensification de lumière dans la pénombre ou la grisaille...

"Les systèmes d'information et de communication, qui jouent un rôle vital dans la sécurité, doivent en permanence être améliorés pour résister aux performances croissantes des criminels", a affirmé la ministre de l'intérieur, Michèle Alliot-Marie, lors de l'inauguration du salon, en incluant d'emblée les engins légers de surveillance aérienne dans l'équipement des "commissariats du futur". Au mois d'août, la société Sirehna, basée à Nantes, a remporté l'appel d'offres pour réaliser ce prototype "silencieux et quasi indétectable" selon Jean-Pierre Le Goff, PDG de l'entreprise. Livré à la fin de l'année, le 15 décembre, il sera ensuite testé par les services de police avant d'être, le cas échéant, mis en service dans les commissariats, sans doute progressivement, en raison de son coût estimé à 10 000 euros.

Des expérimentations ont déjà eu lieu, toutes dans le département de Seine-Saint-Denis, au grand dam de plusieurs élus qui, disent-ils, n'avaient pas été "prévenus", et qui dénoncent une stigmatisation de quartiers réputés sensibles.

Le 14 juillet 2006, un avion de type Cesna, équipé d'une caméra vidéo télécommandée, avait ainsi survolé une portion du "9-3". Un scénario identique s'était ensuite reproduit le 31 décembre 2006 avec, cette fois, une caméra thermique embarquée pour déceler d'éventuels débordements et les voitures brûlées de la Saint-Sylvestre. Plus récemment, d'autres tests ont été effectués autour du Stade de France, pour la sécurité de la Coupe du monde de rugby. Pour les partisans de ce type de surveillance, le drone remplace avantageusement l'hélicoptère, - déjà utilisé pour les grands rassemblements -, jugé plus spectaculaire, plus bruyant et plus cher.

Pour Daniel Goldberg, député socialiste de Seine-Saint-Denis, il en va tout autrement. L'usage "par des forces civiles d'engins de conception militaire, affirme-t-il, n'est pas neutre". Ayant pris connaissance des déclarations de Mme Alliot-Marie au salon Milipol, le député a aussitôt réagi dans un communiqué en réclamant que le Parlement soit saisi du sujet. "Nos quartiers ne sont pas comparables aux cas extrêmes de prise d'otages ou des pays en guerre civile, dit-il. Sans encadrement légal strict, l'utilisation de drones risque de passer, tôt ou tard, d'un usage exceptionnel en cas de crise à un usage préventif permanent renforçant ainsi la stigmatisation que ressentent les habitants des banlieues."

Réponse par anticipation de la ministre de l'intérieur : "Face aux attentes légitimes et pressantes des citoyens, nous pourrions être tentés de payer un surcroît de sécurité d'un sacrifice en terme de libertés. Que cela soit clair, cela ne sera jamais le choix de la France - et cela ne sera jamais le mien."

ELSA, tout en mousse et pourvu de petites hélices déformables, proche d'un modèle d'aéromodélisme, ne constitue pas un danger en cas de chute, font valoir ses concepteurs. Mais le débat sur le survol urbain, à l'exception des zones stratégiques interdites, de type Seveso, ne fait sans doute que commencer.

Isabelle Mandraud
Article paru dans l'édition du  Monde du 12.10.07.
Par SDJ Cergy - Publié dans : Dépêches - Presse
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